Créé en 2014 par deux membres du CEE-M, Sophie Thoyer et Pauline Lécole, le site CAPeye rassemble de nombreuses ressources pour découvrir, analyser ou approfondir ses connaissances sur la PAC. Rencontre avec les deux animatrices de cette cellule de veille et de formation sur la Politique Agricole Commune.

- Quelles sont les raisons qui vous ont amenées à créer cette cellule CAPeye ? Pour répondre à quels besoins ?
L’idée d’origine, lorsque nous nous sommes lancées dans la création de cette cellule CAPeye, était de concevoir un outil qui puisse répondre à deux objectifs : le premier était de donner de l’information de façon assez régulière, mais pas comme le font la presse et les médias en général. Nous voulions délivrer une information mieux décryptée, plus analysée, à destination d’un lectorat spécifique.
Le deuxième objectif était de collecter et proposer des formations autour de la PAC. Nous voulions proposer des cours accessibles à tous : ceux qui connaissent mal la PAC mais qui veulent comprendre comment elle fonctionne, comment elle est financée et décidée, et ceux qui la connaissent un peu plus, et qui se posent des questions d’approfondissement plus spécifiques. Nous avons donc rassemblé les cours dans deux grandes catégories : « la PAC pour les nuls » et « la PAC pour les experts ». .
- Ce lectorat spécifique dont vous parlez, quel est-il ?
Il faut d’abord souligner que nous ne nous adressons pas à un public d’agriculteurs souhaitant comprendre comment remplir leur déclaration PAC ou volant calculer à l’avance les aides auxquelles ils ont droit. Notre objectif n’est pas de nous substituer à une chambre d’agriculture mais plutôt d’expliquer clairement comment la PAC s’est construite, dans quel but, et ensuite de pouvoir éclairer ces publics sur les évolutions de la PAC depuis sa création : sous quelle forme elle évolue, pourquoi, avec quels objectifs, etc.
Nous visons donc un public déjà averti, et qui a besoin de comprendre la logique des interventions de la PAC : par exemple des chercheurs, des enseignants-chercheurs ou des enseignants du secondaire et de l’enseignement technique. On peut en effet être agronome, travailler sur les effets des rotations et avoir besoin de comprendre comment, par exemple, fonctionnent les incitations de politiques publiques liées à la diversification des cultures.
Ensuite, notre deuxième public cible est constitué d’étudiants de niveau master, d’élèves ingénieurs agronomes… Donc un public qui est plutôt en phase de découverte et qui avec CAPeye peut avoir une vision globale et relativement synthétique de la PAC.
Enfin, quand les sujets sur l’agriculture font la une de l’actualité, notre site est aussi beaucoup utilisé par les médias et les journalistes qui ont besoin de comprendre la PAC, sa réglementation, ses mécanismes, car c’est dans ce cadre que s’exerce l’activité agricole en France et en Europe. Nous sommes donc souvent contactées par des journalistes qui ont besoin d’éclaircissements car la PAC, c’est un sujet très compliqué pour les non-spécialistes.
- CAPeye, c’est aussi de la formation en ligne. Est-ce que tu peux nous présenter les contenus que vous proposez ?
Pour tous ces publics que j’ai mentionnés, il nous a semblé judicieux de proposer des cours ciblés sur la PAC. Soit parce qu’ils veulent s’auto-former, soit parce qu’ils ont besoin d’approfondir certains points.
Donc sur CAPeye, nous proposons deux types de formations. Il y a ce que l’on appelle « La PAC pour les nuls ». C’est en accès libre. L’utilisateur peut ainsi accéder à de petites capsules vidéo, des power point souvent courts, des dossiers thématiques par grandes périodes de la PAC ou sur des points spécifiques comme « agriculture périurbaine et PAC » ou « agriculture et montagne », par exemple. Tous ces contenus doivent permettre à l’utilisateur de comprendre pourquoi il faut des politiques agricoles, pourquoi la PAC existe, comment fonctionnait la PAC de 1960, comment fonctionne celle de 2014, etc. Et afin que l’utilisateur puisse faire le bilan des connaissances qu’il a acquises, nous proposons aussi toute une série de quiz.
Nous proposons également des contenus plus approfondis que nous appelons des cours. Proposés sur inscription gratuite, ils sont sous licence Creative Commons et donc accessibles gratuitement. Divers modules sont proposés spécifiquement sur la PAC : à quoi sert la PAC, l’histoire de la PAC, etc. Nous proposons aussi un module additionnel sur l’évaluation des politiques publiques. On propose une petite dizaine de cours en ligne qui peuvent être suivis indépendamment les uns des autres. Il ne s’agit pas d’un MOOC car nous n’avons pas prévu de progression entre les cours disponibles.
- Il y a aussi la rubrique «Actualités », que l’on pourrait même plutôt appeler « Analyse de l’actualité ». Comment vous organisez-vous pour choisir vos sujets, trouver les sources ?
Notre objectif est de proposer un contenu qui ne se contente pas de reprendre ce que l’on peut trouver ailleurs. Nous voulons proposer quelque chose de réfléchi, qui prend un peu de hauteur, car nous avons les éléments qui permettent de situer cette actualité dans une histoire et un contexte, et d’expliciter le pourquoi et le comment de ce nouveau fait.
Ensuite, pour le choix des sujets, c’est variable. Parfois nous décidons ensemble de traiter d’un sujet sous un angle original. D’autre fois, nous nous appuyons sur les recherches que nous menons avec nos doctorants ou nos stagiaires. Par exemple, nous avons écrit un article sur l’historique de la simplification de la PAC, sujet certes d’actualité du fait des manifestations d’agriculteurs, mais sujet présent dans l’agenda des réformes de la PAC depuis 30 ans et sur lequel travaille l’un de nos doctorants.
Pour les sources, nous sommes abonnées à Contexte Agro, qui nous permet de suivre l’actualité sur l’agriculture et les politiques agricoles. C’est une source très complète mais payante. Bien sûr, il y a aussi une veille sur des sources généralistes : France Info, Libération, Le Monde, mais aussi la presse professionnelle et certaines revues relativement confidentielles, où l’on trouve parfois des informations intéressantes. Mais en réalité, nous essayons d’aller le plus possible à la source. Nous suivons donc aussi des sites comme Euractiv ou plus spécifiquement sur la PAC, CAP Reform, animé par un collègue irlandais.
Il faut également trouver le temps, car l’actualité va très vite. Nous avons donc renoncé à publier une actualité bimensuelle, et aujourd’hui, le rythme est plus espacé mais cela nous convient mieux : nous privilégions le qualitatif au quantitatif.
Aujourd’hui, notre newsletter compte plus de 400 abonnés, et nous avons un outil complet qui propose plus d’une soixantaine d’actualités, que l’on peut retrouver par mots-clés. Il faut savoir que toutes les actualités sont conservées sur CAPeye, car nous pensons qu’il est important de garder la mémoire de ces actualités qui proposent une analyse des événements qui font l’histoire de la PAC.