Les coûts économiques des invasions biologiques sont importants et croissants

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Article Focus de Jean Michel Salles sur l’article “High and rising economic costs of biological invasions worldwide”.

FOCUS sur : Diagne C., B. Leroy, A-C. Vaissière, R.E. Gozlan, D. Roiz, I. Jaric, J-M. Salles, C.J.A. Bradshaw, F. Courchamp, 2021. High and rising economic costs of biological invasions worldwide. Nature, 592 (March 31), 571-576. doi: 10.1038/s41586-021-03405-6

Les espèces exotiques envahissantes sont des espèces qui ont été introduites, se sont établies et ont proliféré au-delà de leur aire de répartition naturelle. Elles peuvent avoir des effets négatifs profonds sur la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les services écosystémiques, c’est-à-dire les avantages que les sociétés retirent des écosystèmes. Les invasions biologiques peuvent ainsi être responsables de pertes importantes pour les sociétés qui peuvent être mesurées en termes monétaires. La base de donnée InvaCost[1] vise à recenser et présenter de façon homogène l’ensemble des évaluations de ces coûts L’objectif était de mettre en évidence l’importance et la forte croissance des coûts économiques liés aux invasions biologique et d’attirer l’attention sur la base de données InvaCost de façon à assurer sa pérennité et son développement en tant qu’outil collaboratif entre tous les chercheurs impliqués dans ce champ et dont il est attendu qu’ils contribuent à l’alimenter.

Sur la période 1970-2017, 1319 évaluations publiées ou relevant de la littérature grise ont été intégrées dans la méta-analyse. Ce nombre ne recouvre évidemment qu’un sous-ensemble des impacts économiques des invasions biologiques et leur total converti en US$ 2017 s’élève à 1288 milliards. Ce nombre n’est pas très significatif, même s’il témoigne a minima de l’importance de ces coûts, mais leur évolution est claire et fait apparaître une multiplication par trois à chaque décennie. Ces estimations sont certainement entachées de multiples biais, analysés dans l’article, mais une tendance aussi forte est sans doute robuste aux erreurs de calcul.

Les coûts liés aux invasions sont très hétérogènes, mais une distinction entre les coûts liés aux effort de gestion des invasions de ceux liés aux dommages permet de mettre en évidence une croissance sensiblement plus rapide de ces derniers qui sont désormais d’un ordre de grandeur supérieur aux dépenses de gestion. (Figure 1).

Nous montrons que les coûts documentés sont largement distribués, mais présentent de fortes lacunes aux échelles régionale et taxonomique. La part prépondérante du territoire nord-américain peut s’expliquer par le fait que les coûts sont d’autant plus importants que les territoires des invasions sont économiquement développés (plus de productions et d’infrastructures susceptibles d’être affectées et plus de moyen mobilisables pour la gestion), mais aussi qu’ils ne sont connus que lorsqu’ils ont été évalués

Fig.1. Evolution des coûts des dommages et de la gestion des espèces invasives à l’échelle mondiale

Invacost a également permis d’identifier les taxons (espèces ou autre élément pertinent de la classification du vivant) à l’origine des populations invasives les plus coûteuses (Figure 2). Les insectes qui avaient fait l’objet d’une méta-analyse antérieure[2] et, en particulier, les moustiques vecteurs de maladies arrivent clairement en tête, devançant les petits rongeurs (rats et souris) et les chats qui ont fortement impacté de nombreuses faunes, notamment insulaires, en suivant les humains, mais ne font pas l’objet d’efforts de gestion significatifs. Les termites de Formose et les fourmis de feu sont également à l’origine de dommages importants. L’absence d’espèces végétales parmi les taxons les plus significatifs a été notée, mais pourrait résulter d’une plus forte sous-estimation

 

Fig.2. Taxons les plus couteux parmi le sous-ensemble des évaluations les plus robustes

Les approches de recherche qui documentent les coûts des invasions biologiques doivent être encore améliorées, et la nature même de ces coûts doit être clarifiée et expliquée. Néanmoins, nos conclusions appellent à la mise en œuvre de mesures de gestion plus ambitieuses et d’accords internationaux visant à réduire le fardeau des espèces exotiques envahissantes.

Notes

[1] InvaCost a été initiée par un groupe d’écologues spécialistes des invasions biologiques autour de Franck Courchamp (DR CNRS au laboratoire Écologie, Systématique & Évolution sur le campus de l’Université Paris-Saclay) qui ont cherché à collaborer avec des économistes pour clarifier les cadres conceptuels et méthodologiques qui sous-tendent ces évaluations.

[2] Bradshaw, C. J., Leroy, B., Bellard, C., Roiz, D., Albert, C., Fournier, A., Barbet-Massin, M., Salles, J.-M., Simard, F., Courchamp, F. (2016). Massive yet grossly underestimated global costs of invasive insects. Nature communications, 7(1), 1-8.

 

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du CEE-M

Vaissière Anne-Charlotte, Courtois Pierre, Courchamp Frank, Kourantidou Melina, Christophe Diagne, Essl Franz, Kirichenko Natalia, Welsh Michael, Salles Jean-Michel, 2022, The nature of economic costs of biological invasions, Biological Invasions
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Courtois Pierre, Figuières Charles, Mulier Chloé, Weill Joakim, 2018, A cost-benefit approach for prioritizing invasive species, Ecological Economics
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Barbet-Massin Morgane, Salles Jean-Michel, Courchamp Franck, 2020, The economic cost of control of the invasive yellow-legged Asian hornet, NeoBiota
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